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Yé krick ! Cé Konpè Tig épi Konpè Lapin (1)

Yé krick ! Cé Konpè Tig épi Konpè Lapin (1)

Raconte ! Raconte Konpè Lapin ! Aconté nou zafè Konpè Lapin a !

 - Yéééé Krik !
 - Yéééé Krak !
 - Est-ce que la cour dort ?
 - Non ! La Cour ne dort pas !
 - Eh bien si la Cour ne dort pas, qu’elle  écoute encore ce que je vais raconter 

Cé Konpè Tig épi Konpè Lapin. En ce temps-là, il y avait toutes sortes d’animaux dans le pays.
Et il y avait un bonhomme qui possédait un jardin potager. Un immense jardin potager. Dachines, choux, ignames, fruits à pain, concombres, jromons, christophines. Toutes sortes de choses.
Le potager était d’une beauté incroyable !

De temps en temps Konpè Lapin se rendait dans le jardin potager, sans rien demander à personne, et prenait deux ou trois légumes par-ci par-là.
Mais à chaque fois, Compère Lapin abîmait ce qu’il ne pouvait emporter.

Un jour, le bonhomme du potager, n’en pouvant plus, se décida à surveiller son jardin.
Il convoqua alors ses amis pour discuter de la situation.
Konpè Mulet, Konpè Macaque, Konpè Coq, Konpè Chien et beaucoup d’autres s’amenèrent.
Chacun y alla de son conseil mais c’est Macaque qui eut la meilleure idée.

Et voilà le plan : il fallait créer un bonhomme, le badigeonner de glu des pieds à la tête et placer devant lui un tré, avec des akra et des dés à jouer.

Konpè Lapin arrivait. Il s’arrêta devant le bonhomme et les akra.
Et quand Konpè Lapin vit les dés, ce passionné de serbi déposa son panier et lança :

– An nou fè an sèbi !

Il fit alors rouler les dés sur le plateau.

– Wonz ! ! ! hurla-t-il en se frottant les mains.
Puis il s’empara de plusieurs akra qu’il fourra dans sa bouche.

– À vous de jouer Compère !
Mais le bonhomme ne répondit pas et pour cause.

– Ah ! lança Konpè Lapin un peu vexé, qui n’en veut pas n’en dégoûte pas les autres !
Il fit chauffer les dés dans le creux formé par ses deux mains et de nouveau fit rouler les dés sur le tré.

– Wonz ! J’ai encore gagné !
Compère Lapin sauta de joie, reprit plusieurs akra qu’il fourra dans sa bouche et dit au bonhomme :

– Mon ami, j’ai gagné deux fois. C’est encore à moi de jouer.

- Yé Krik !
- Yé Krak !

Konpè Lapin lança de nouveau les dès.

– Wonz ! J’ai gagné ! Qu’en dis-tu l’ami ?…Rien ? Je te parle ! Réponds ! Dis quelque chose ! Tu me méprises ? Tu ne daignes pas me répondre ? Eh bien voilà pour te délier la langue !
Ce disant, Konpè Lapin gifla à toute volée le bonhomme.
Vlan !
La main droite de Konpè Lapin resta collée.
Il tenta de se dégager.
Vlan !
La main gauche resta collée.
Konpè Lapin s’énervait. Il lança un coup de pied.
Vlan !
Le pied droit resta collé.
Il lança un autre coup de pied.
Vlan !
Le pied gauche resta collé.
Konpè Lapin fonça dans le tas avec le ventre.
Bim !
Le ventre resta collé.

– Ah ! Attends un peu, je verrai ce que te feras avec un coup de tête !
Bim !
La tête de Compère Lapin resta collée.
Les mains, les pieds, le ventre, la tête, tout ! Konpè Lapin était collé, collé de chez collé.

 - Yéééé Krik !
 - Yéééé Krak !
 - Mistikrik !
 - Mistikrak ! 

Alors arriva le bonhomme du jardin potager.

– Ah Lapin ! C’était donc toi ! Eh bien ! Aujourd’hui tu vas payer !

On décolla Konpè Lapin du bonhomme de glu.
Mais l’affaire n’était pas finie !
On attacha Konpè Lapin au tronc d’un manguier. Et on serra très fort les liens.
Puis, les amis du bonhomme du jardin potager s’en allèrent faire chauffer un fer rouge, rouge, rouge. Tandis que Compère Lapin restait solidement attaché au manguier.

– On va t’apprendre à voler ce qui ne t’appartient pas !

Konpè Lapin était anéanti. Sa dernière heure était arrivée.
Alors Compère Lapin se mit à réfléchir aux moyens de s’évader. À moins d’un miracle, il sera Lapin brûlé.

C’est alors qu’il aperçut Konpè Tig qui passait par là. Lapin se mit à l’appeler.

– Venez donc par ici, mon cher Compère Tigre, par ici !

En reconnaissant Konpè Lapin attaché comme il l’était au tronc du manguier, Konpè Tigre s’étonna.

– Eh bien mon compère, que faites-vous donc dans cette position ?

– Ah compère, j’ai des ennuis… Un bonhomme veut me faire avaler cet énorme bœuf que vous voyez d’ici.
Cette grosse bête, il faut que je la mange en entier ou je mourrai. Croyez-vous que moi, Lapin, mangeur d’herbes et de légumes, je puisse manger un bœuf ?

– Et que comptez-vous faire l’ami ?

– Ah ! Je n’en ai aucune idée ! Il m’a laissé quelques minutes de réflexion, il reviendra tout à l’heure pour connaître ma décision !

– Eh bien, répondit Compère Tigre, je voudrais bien être à votre place compère. Je n’aurais, moi, aucune difficulté à manger un bœuf !

– Prenez donc ma place, compère et dépêchez-vous ! Il ne tardera pas à revenir.

Alors Konpè Tig détacha Lapin et prit la place de Lapin.

– Allez, compère, liez-moi donc mieux que ça ! Plus fort, Lapin ! Vite ! Aidez-moi donc !
Et Lapin tira de toutes ces forces sur les lianes afin de mieux attacher Konpè Tigre.
Il avait pourtant hâte de s’en aller car il entendait déjà au loin les bruits de pas.
Lapin fit un dernier nœud et, vite, vite, courut se placer sur la branche du manguier, bien haut, d’où il pouvait tout observer.

Le bonhomme du potager et ses amis arrivaient, le fer chauffé à blanc.

– Je le mangerai ! Je vous promets que je saurai le manger ! Mettez-moi à l’épreuve et vous verrez ! hurlait Compère Tigre.
Et les gardes enfoncèrent le fer rouge dans le derrière de Konpè Tig qui bondit, froissé, et rompit ses liens en hurlant de douleur.

Yé Krik !

Lapin, dans son manguier, exultait de joie, riait à gorge déployée en lançant un flot d’injures.
Le malheureux Tigre entendait les insultes de Lapin mais il n’avait qu’une idée en tête : rentrer chez lui pour se soigner.

Puis, Konpè Tig partit à la recherche de Konpè Lapin qui ne manquait rien pour attendre.
En chemin, il rencontra Konpè Manicou. Konpè Tig raconta alors sa mésaventure à Konpè Manicou et lui dit qu’il cherchait Konpè Lapin pour lui régler son compte.
Konpè Manicou alla voir Konpè Lapin qui commença à avoir peur de ce qui pourrait lui arriver.
Et comme d’habitude, il se mit à préparer une riposte.

- Yé Krik !
 - Yé Krak !
 - Yéééé Krik !
 - Yéééé Krak ! 

En passant près d’un trou d’eau, Compère Lapin trouva une peau de cabri, bien pourrie, pourrie de chez pourrie. Comme il savait que Tigre le cherchait, il endossa la peau puante et partit à sa rencontre, titubant et bêlant tristement comme un cabri malade.

Tigre apercevant le cabri dans cet état lui demanda la raison de son malheur.

– Hélas, trois fois hélas…J’ai eu une petite querelle avec Lapin qui est un vrai quimboiseur. Ce méchant sorcier m’a jeté un mauvais sort. Depuis je me meurs, je pourris sur pieds. Voilà ce que ce scélérat, ce maudit m’a fait.

– Qui, m’as-tu dit, a eu l’audace et la méchanceté d’agir ainsi ?

– Lapin, te dis-je. Il faut se méfier de lui, ne pas le contredire, sans quoi il fait un quimbois sur sa tête… On devient alors comme je suis. On dépérit et on finit par crever comme je le ferai dans peu de temps.

Compère Tigre resta ébahi. Il prit vite congé et revint chez lui priant le Bon Dieu de ne jamais rencontrer sur son chemin ce Lapin de malheur .

Quant à Lapin, il se débarrassa de la peau qu’il enterra, bien profondément.
Ensuite Lapin alla se baigner, se parfuma. Puis, comme il avait du toupet, Kompè Lapin alla faire un tour du côté de chez Kompè Tig.

To, to, to !
Lorsque Compère Tigre vit Lapin si près de lui, il se jeta dehors et courut si vite que l’on voyait la fumée de ses pattes arrière.

Voilà pourquoi nous n’avons plus de tigres ici.

La morale de cette histoire ? La symbolique de ce conte ?
Bien entendu il faut comprendre le sens du vocabulaire utilisé et les us et coutumes créoles. Mais voyez déjà l’introduction aux contes créoles.
Alexia de Sant John's

Sèbi

Tré

Wonz

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