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La Martinique et les chiens. Toute une histoire

La Martinique et les chiens. Toute une histoire

Si vous êtes originaire des Antilles, vous ne pouvez rester de marbre lorsque vous rencontrez une personne chouchoutant un chien, l’embrassant avec la langue, le caressant de manière assidue. Votre cerveau reptilien ne vous laissera pas tranquille. En particulier si cette personne est noire.
Pourquoi ce malaise ? C’est une histoire… d’Histoire.

L’Histoire.

Les chiens occupent une place particulière aux Antilles.
Pour la Martinique, cette histoire remonte à l’origine. Du temps des Arawaks qui furent ses premiers occupants et qui possédaient des chiens. Des petits chiens sans pelage. Des chyen-fè ressemblant à des renards, utilisés à la fois pour la chasse et la consommation mais aussi comme symbole du passage à l’au-delà.

C’est en 1635 que les premiers colons y ont introduit des chiens, des chiens vite devenus sauvages. Des chiens marrons, s’attaquant par hordes à la faune et à la flore.

Durant les 2 siècles d’esclavage, les esclaves furent surveillés par des maîtres accompagnés de chiens. Et quand ils fuyaient, ces hommes partaient à leur chasse accompagnés de chiens.

Esclave poursuivi par des hommes armés et des chiens.

Poursuivis par des hommes armés et des hordes de chiens d’attaque, les fugitifs devinrent alors des nèg-marrons. Violence. peur et haine, telle était la symbolique du chien pour les Martiniquais.

Après l’abolition de l’esclavage

Après l’abolition de l’esclavage, en 1848, la crainte du chien ne disparaît pas chez les nouveaux libres.
Lorsque peu à peu la vie reprend ses droits, que l’on arrive à avoir une maison ou une case, le chien sert de gardien, attaché à un arbre ou un piquet d’où il avertit du danger en aboyant. Et l’animal est simplement nourri des restes du repas familial.

Il faut attendre le début du XXème siècle pour que les chiens deviennent un compagnon de jeux des enfants. Mais le chien reste le gardien parfois méchant des maisons, que l’on chasse à coup de cailloux. Et il dort toujours à l’extérieur.

Quant aux chyens fè, ils étaient chassés au loin et rôdaient au bord des routes, chiens errants amaigris sous leur peau glabre couleur du fer. Car ils sont peut-être ces morts transformés qui errent encore sur la terre. Ils sont également amis de sorciers.

Chyien fè.

Quant aux chyens fè, très nombreux à la Martinique à cette époque, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, ils étaient chassés au loin et rôdaient au bord des routes, chiens errants amaigris sous leur peau glabre couleur du fer. Car ils sont peut-être ces morts transformés qui errent encore sur la terre. Ils sont également amis de sorciers.

Les chiens errants et leurs descendances, en meutes, transporteurs de tiques, ont souvent envahi les villes et communes de la Martinique, à la recherche de nourriture, rejetés par les uns et les autres.
Si bien que même les mairies se sont mises à « donner des saucisses » aux chiens afin d’en éradiquer le plus grand nombre. Mais les meutes continuaient à se former, menant carnage sur les élevages.

Dans les années 60-70

1960; 1970. C’est le début de la fin d’une convivialité très naturelle aux Martiniquais.
Les maisons qui restaient portes ouvertes toute la journée commencent à se clôturer. Le chien gardien, le chien créole, sorte de chien de berger dont le pelage est souvent marron, commence à ne plus être attaché sauf le temps du dressage;. Le temps nécessaire pour lui apprendre à reconnaître la maison. Dressage auquel s’amusent les enfants qui commencent à lui donner un nom, à ressentir un attachement :

Chyen mwen ki la.! Cé mwen ki apren li chimen kay li !
C’est mon chien. C’est moi qui lui ai appris à reconnaître le chemin vers la maison.

Mais avec la modernisation le chien créole commence à disparaître et à être remplacé par des bergers allemands et dobermans. Puis des pitbulls.
Des chiens moins résistants que les chiens créoles et qui demandent des soins.

Le vétérinaire qui ne s’occupait que du bétail voit alors son métier changer. Des clubs d’initiation au sauvetage se créent. Une association a été créée ces dernières années afin de prendre soin des chyen fè devenus rares.

Mais les Martiniquais, d’un abord peu expansif en matière d’affection, ne caressent ni ne lèchent le chien qui peut entrer à la cuisine mais jamais dans la chambre. Encore moins dans un lit.
L’arrivée des chiens de petite taille est une nouveauté qui ne lasse d’étonner. Ainsi que les nouveaux comportements affectueux démonstratifs de certains propriétaires de ces chiens.

Les chiens dans les contes oraux et superstitions

Le chien est plus que présent dans la mémoire collective martiniquaise. Il se retrouve dans nombre de contes et légendes mais aussi dans bien d’expressions usuelles et proverbes.

Dans une culture très sensible aux superstitions, le chien est un être maléfique, le symbole de la transformation d’un mort ne pouvant s’en aller.
S’il pleure c’est parce qu’il annonce un décès.

Et s’il vous regarde fixement alors que vous mâchez de la nourriture, jetez-en lui un bout pour ne point avoir un clou (bouton énorme, furoncle, orgelet) au coin de l’œil le matin au réveil, clou que vous devrez détourner en passant votre bras opposé derrière la tête pour attendre l’œil de l’autre côté, œil que vous boucherez de la main en le couvrant pendant quelques longues secondes de concentration afin de chasser le mal. Recommencez plusieurs fois par jour.

Alexia de Sant John's

Chyen pa ka palé cé pou yo pa bay fè konmission.

Si la parole manque au chien c’est pour que l’on ne le sollicite pas (pour faire des commissions, pour aider…)

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