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Appropriation culturelle ? Qui est la chanteuse Gabriel-Soïme Léona

Appropriation culturelle ? Qui est la chanteuse Gabriel-Soïme Léona

Gabriel-Soïme Léona, jeune femme Béké ou mulâtresse, animatrice de Radio-Martinique présentée comme auteur et interprète de multiples chansons du folklore traditionnel martiniquais (biguine, mazurka) a vu le jour après ces chansons qu’elle a réunies (pas moins de 15 chansons) dans un enregistrement audio sous le titre de Ça ! C’est la Martinique. Ça ! C’est la Martinique est également le titre du livre dans lequel elle présente les mœurs et coutumes de la Martinique.

Gabriel-Soïme Léona, interprète

Connue également comme Estrella (pseudonyme), Gabriel-Soïme Léona, née à Rivière-Pilote le 9 juin 1891 et décédée à Fort-de-France le 11 août 1971, interprète ces chansons accompagnées d’un certain Stellio, en réalité Alexandre Fructueux, artiste enregistré également comme auteur de ces chansons.

Alexandre Fructueux, clarinettiste, né le 16 avril 1885 aux Anses-d’Arlets, décède à Paris le 24 juillet 1939 après avoir été le chef d’un orchestre de bal de l’Exposition coloniale de Paris (1933), orchestre Stellio constitué en mai 1931 à cette occasion et qui ne se produira que pendant cinq mois.

Gabriel-Soïme Léona ou Léona Gabriel est tout de même l’auteur de A si Paré et Regina Coco (en écoute ici).
Après une bataille juridique auprès de la SACEM, elle partagera les droits de Maladie d’amour chantée par Henri Salvadore, aucun n’ayant pu prouver qu’il était l’auteur de la chanson, un classique du folklore martiniquais.

Gabriel-Soïme Léona écrivain

Ça ! C’est la Martinique est un livre de 223 pages édité en 1966 chez La Productrice, mise en ligne en 2018 sur Gallica et que l’on peut acquérir en format Ebook.
Ce livre sur les mœurs et coutumes de la Martinique contient également les textes des 15 chansons traditionnelles interprétées par Léona Gabriel-Soïme.

Ça ! C’est la Martinique est préfacé par 7 hommes, et pas une seule femme, dont Henry Lémery et Robert Attuly.

La couverture du livre représente la chanteuse grimée en personnage traditionnelle.

Léona Gabriel-Soïme. grimée en Martiniquaise traditionnelle.

Henry Lemery

Henry Lemery mulâtre né le 9 décembre 1874 à Saint Pierre d’un père Béké et d’une femme noire de l’Habitation Pécoul, dont toute la famille a été décimée par l’éruption de la Montage Pelée en 1902, est le premier Martiniquais à devenir membre d’un gouvernement en France.

Sénateur de la Martinique, Secrétaire d’État aux Transports maritimes et à la Marine marchande de Georges Clémenceau en 1917, Secrétaire d’État aux Colonies en 1940 sous le régime de Vichy, il a été un des plus proches de Pétain.

Il a été membre de l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), association propriétaire d’un appartement à l’Hôtel du Parc (Vichy) et d’une maison à Cauchy-à-la-Tour, lieux où a vécu Pétain.

Anticommuniste, assimilationniste, il a proposé une loi en 1919 pour faire des colonies des départements français.

Robert Attuly

Robert Attuly, né le 25 mars 1884 à Fort-de-France est décédé le 20 septembre 1963 à Paris. Boursier, il poursuit ses études à Paris et devient avocat, procureur général, juge. Il a passé sa carrière à servir la France en Afrique Occidentale Française, au Cameroun, en Côte d’Ivoire où existait un Code Pénal Indigène, au Sénégal.
Il n’aimait pas les décisions injustes, disait-il. L’affaire Tanakoua de 1942, en Côte d’Ivoire, cité par Gendry Thaïs dans la thèse soutenue en 2020 à EHEES « Le droit de tuer », en est une illustration.

L’histoire de la famille Robert Attuly est très particulière.
Un de ses ancêtres est un homme noir, Pierre Jean Baptiste Agricole, né libre en 1804, dont le petit-fils « blanchira » le sang en se mariant à une Béké, Éléonore Hayot. Sang que cette famille ne voudra point « renoircir » : elle refusera à Finotte, pianiste de l’orchestre Stellio, son mariage avec un homme noir, même si célèbre pour avoir été l’un des concepteurs de l’aéroport le Bourget. Une mentalité encore bien vivante aux Antilles.

Robert Attuly qui a été marié à une chinoise, descendante de famille immigrée à la Martinique pour constituer une main d’œuvre bon marché, est le grand-père de l’avocat Versini-Campinchi, qui parle de « ce brave Colbert » et des  « esclaves ne voulant plus travailler que quand ils voulaient bien à cause de l’abolition de l’esclavage en 1948 ».

Robert Attuly quant à lui, a fondé le Comité d’Action sociale pour venir en aide à ceux qui arrivaient des Antilles – en réalité le fameux CASODOM – et lutter contre la racisme. Il était membre du Comité d’honneur de la M.R.A.P.

À Fort-de-France, un boulevard porte le nom de Robert Attuly. Le boulevard Attuly passe devant le fameux lycée Schœlcher.

Ça ! C’est la Martinique

Les chansons traditionnelles du folklore martiniquais sont des chansons romantiques, politiques, vengeresses. Des chansons d’espoir, de colère, d’humour…

La première chanson du livre de Gabriel-Soïme Léona, La montagne est verte. C’est une chanson à la gloire de Victor Schœlcher, illustrée d’une mauvaise photo légendée « Il a tracé le bonheur de ses enfants », photo de la statue jugée paternaliste et discriminante et déboulonnée le 23 mai 2020 par des activistes de la Martinique regrettant l’histoire oubliée des esclaves ayant combattu à mort pour leur liberté.

La montagne est verte

La montagne est verte.
Avec sa plume dorée il a tracé le bonheur
Il a tracé le bonheur de ses enfants
Avec sa plume dorée il a tracé le bonheur
Schœlcher doit briller
Comme une étoile à l’Orient (bis)


La montagne est verte les Schœlcheristes
La montagne est verte
La montagne est verte les Schœlcheristes
La montagne est verte
Schœlcher doit briller comme une étoile à l’Orient

Notons qu’au fil du temps et des générations, « les Schœlcheristes » ont été remplacés par « Schœlcher chéri ».

Les chansons de Ça ! C’est la Martinique par ordre d’enregistrement.

1. Agoulou 
2. Bonjour loca 
3. Balcon fleuri 
4. Paris-biguine 
5. Marie Clémence 
6. Surrah !
7. L'échelle poule
8. Corossolle-Doudou 
9. Femme qui dou !
10. Finotte
11. L'homme à lunettes
12. Célestin roi diable
13. Liva
14. Regina Coco
15. Adieu Suzanne
16. Cinq heures du matin
17. Moin belle ! Moin jeune !
18. Calalou
19. Petite fleur fânée
20. Adieu foulards. Adieu Madras

NDLR. Reconnaissons au livre Ça ! C’est la Martinique d’avoir au moins le mérite de valeur d’archive. Il permet de garder trace des paroles des chansons traditionnelles du folklore de la Martinique.

Alexia de Sant John's

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